Les effets de la pandémies mondiales sur les pratiques des ONG

Une étude du CRID : La crise de la Covid 19 et son impact sur les missions de solidarité internationale du CRID.

Depuis près d’un an, la pandémie a un impact très global sur nos sociétés et sur beaucoup d’aspects. Selon un calcul de l’AFP, au 2 avril 2020, plus de la moitié de la population mondiale a été appelée ou contrainte au confinement par ses gouvernements et cette crise sanitaire s’est traduite par une crise sociale et économique.

En août dernier, l’association française le Centre de recherche et d’information pour le développement (CRID) a publié une étude faisant état des impacts de Covid sur les missions et les structures de solidarité internationale, des adaptations qu’elles ont dû mettre en place pour y faire face et des impacts de la crise sur leur environnement direct.

Cette structure emblématique de la Solidarité internationale en France et à l’international, participe à la construction et à la diffusion d’un discours de solidarité internationale sur les migrations au sein de la société civile. Avec ses membres, elle est le moteur des mouvements sociaux pour les droits de l’homme et la liberté de circulation en France, en Europe et dans le monde. Au niveau international, le CRID est en contact avec 1 500 partenaires et en France, il revendique un réseau de 7 500 groupes locaux.

Dans cette étude, le CRID se concentre sur dix membres français couvrant différents types de structures et de missions. Au travers d’entretiens, ces structures, qui ont chacune leurs spécificités, leur fonctionnement, leurs objectifs et leurs réalités, racontent comment elles ont été touchées de manière très diverse par cette crise mondiale. Quatre observations majeures ont ainsi été évoquées par les personnes interrogées.

Premièrement, les ONG ont dû adapter leurs missions et leurs projets en cours. Dans la majorité des cas, les missions et projets principaux ont été, pour la plupart mis en suspens ou ont continué avec les règles de confinement qui avaient été mises en place. Ceci a eu un impact sur l’organisation du travail dans ces structures, avec leurs partenaires et sur leurs situations financières. Il est toutefois difficile de chiffrer les pertes réelles de la crise, car ces structures dans leurs diversités ont de nombreuses manière de se financer et il est également difficile de prévoir les conséquences d’une crise sanitaire dans le budget d’un projet.

Deuxièmement, la période a quand même apportée quelques évolutions positives dans l’organisation des structures, leur donnant le temps de se concentrer sur d’autres aspects de leurs missions, notamment la défense des intérêts. Ce qui ressort des entretiens est qu’aucune structure sollicitées n’a mis fin à leurs missions de plaidoyer, bien au contraire. Grâce aux réseaux sociaux, aux pétitions et aux nombreuses tribunes, les associations ont pu continuer à interpeller l’opinion publique et les décideurs pendant la crise. Les plaidoyers habituels ont pu se poursuivre dans la majorité des cas et ont été couplés à un plaidoyer important sur les situations spécifiques de Covid.

Ainsi, pendant le confinement, et même après, la diffusion d’information sur l’état et les besoins est apparue essentielle, au point ou la multiplication des tribunes et des pétitions a parfois pu être ressentie comme un débordement ce qui parfois a rendu difficile la lecture optimale de ces messages.

Ensuite, la question du numérique a également été soulevée pour les structures dans leurs liens en France ou à l’étranger. Certaines structures ont dû accroître leurs compétences numériques afin de mieux interagir avec leurs partenaires ou leurs publics. En fait, la tendance montre qu’il y a eu de grands succès pendant le confinement, grand nombre de webinaires et également une assemblée générale entièrement dématérialisée par visio-conférence ont pu être organisés. Néanmoins, cette démarche numérique n’a pas été uniforme, car certaines structures comme ATD Quart Monde, par exemple, expliquent que la question du numérique a contribué à les éloigner de leurs publics.

Enfin, un dernier élément mis en évidence dans cette étude est la dénonciation des dérives autoritaires des gouvernements par les ONG concernant les actions de mobilisation sur certains sujets tels que les rassemblements et les manifestations et l’augmentation massive du contrôle des Etats sur les populations. Ces dérives autoritaires se manifestent directement et indirectement dans les décisions des gouvernements partout dans le monde.

Il serait intéressant de comparer l’exercice prospectif de ce rapport à la réalité du réseau CRID et de la solidarité internationale dans quelques années, car nous sommes toujours dans la crise et cela ne permet pas de faire une analyse très fiable compte tenu du manque de recul sur la situation étudiée. Il sera néanmoins possible d’approfondir le sujet lors du webinaire organisé par le CRID, en partenariat avec le service International-Via le monde, le 26 novembre 2020.

Pour finir, cette étude, réalisée pendant la crise, soulève différents éléments intéressants qui devront être pris en compte dans nos pratiques futures, pour la solidarité internationale, la conclusion est claire : le monde a besoin d’un "monde d’après".