Baisse des transferts de fonds internationaux vers l’Afrique

21 % est le taux anticipé par les Nations Unies pour l’année 2020 en raison de la crise qui sévit. Soit 18 milliards d’euros de recettes en moins pour le continent. Un article du Journal de Saint-Denis.

En France, le transfert d’argent est un secteur économique florissant. En 2019, il s’est chiffré à 11,9 milliards d’euros, via des canaux d’envoi formels et informels, selon les chiffres de la Banque de France. Ces fonds sont envoyés principalement vers le continent africain, suivi par l’Europe et l’Asie.

La ville de Saint-Denis semble activement participer à cette économie, tant les agences où il est possible d’envoyer de l’argent sont nombreuses (Western Union, MoneyGram, Ria pour ne citer que les plus connues). Une douzaine, rien qu’en centre-ville. Aux guichets « officiels » des grandes entreprises spécialisées s’ajoutent de multiples commerces de type taxiphones qui, en partenariat avec ces dernières, proposent également ce service. Et c’est sans compter les banques classiques, d’où les virements vers l’étranger sont possibles, et le service de mandat international de La Poste.

Mamadou attend son tour devant l’entrée d’une agence de transferts de fonds à l’enseigne noire et jaune. Ce livreur de 33 ans explique envoyer régulièrement de l’argent à l’étranger : « 200 à 300 euros chaque mois, et au minimum 100 euros les mois où mon salaire baisse, selon le nombre de livraisons que j’effectue. » Sans cette somme, ses parents, qui vivent en Côte d’Ivoire, ne pourraient pas s’en sortir financièrement, explique-t-il. « J’ai la chance de ne pas trop être impacté par la crise. Le secteur de la livraison a continué à bien tourner, notamment pendant le confinement, où j’ai davantage été sollicité. Mes revenus n’ont pas baissé, au contraire. »

De plus petites sommes envoyées.

C’est loin d’être le cas pour tout le monde. Interrogées, plusieurs agences de la ville disent recevoir moins de clients depuis le début de la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19. La baisse a notamment été observée pendant le confinement, où l’activité était particulièrement calme selon certains, malgré les files d’attente impressionnantes sur les trottoirs, devant ces agences, qui auraient pu laisser croire le contraire. « Les sommes envoyées par les clients sont également moins importantes », confie ce gérant de taxiphone du centre-ville.

Un constat aussi dressé au niveau international par la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies, qui s’alarme de la baisse des transferts de fonds cette année. Selon ses prévisions, elles chuteraient de près de 21 %, passant de 85 milliards de dollars à 67 milliards. Un phénomène qui s’explique par le fait que les populations issues des différentes diasporas du continent, parfois précaires, comptent parmi celles qui sont le plus frappées par la crise économique engendrée par la crise sanitaire que l’on connaît.

Marcelline sort d’un taxiphone. Si, cette fois, elle n’était pas venue transférer des fonds, elle raconte : « C’était dur avant, mais depuis le coronavirus, c’est pire. Vraiment pire », insiste-t-elle. Comme Mamadou, cette technicienne de surface envoie elle aussi régulièrement de l’argent à sa famille, qui vit en République du Congo. Une centaine d’euros par mois dont dépendent son fils et sa mère, veuve et sans emploi, pour survivre. Mais la somme est devenue conséquente dans le budget de cette mère de famille en raison de la crise. « Mes heures de ménage ont diminué et je n’ai pas du tout travaillé pendant les deux mois de confinement. Mes revenus, déjà peu élevés, ont donc nettement baissé cette année, explique-t-elle. Heureusement, mes frères et sœurs vivent eux aussi en France, alors on se relaie pour subvenir aux besoins de la famille restée au pays. »

La réception d’argent en augmentation

Impossible de déterminer avec précision la somme globale envoyée chaque année à l’étranger par la population dionysienne. Si la Banque de France et la Banque mondiale détiennent des chiffres au niveau national, elles disent ne pas disposer d’informations concernant les communes. Les entreprises spécialisées, toutes sollicitées, refusent quant à elles de communiquer leurs chiffres, qu’elles tiennent à garder confidentiels. Un gérant de taxiphone de la ville confie tout de même que, cette année, 30 000 euros par mois en moyenne ont été envoyés vers l’étranger depuis son commerce. Un autre cite lui la somme de 40 000 euros, « et par-fois jusqu’à 100 000 euros, les bons mois ». Les deux commerçants affirment par ailleurs être témoins d’un phénomène de plus en plus fréquent depuis l’apparition de la pandémie : « Beaucoup plus de personnes viennent non pas pour envoyer de l’argent, mais pour en recevoir, depuis la France comme depuis des pays étrangers. Surtout depuis l’Espagne et l’Italie, mais aussi d’Afrique. » Des témoignages qui laissent à penser que Saint-Denis, qui connaît un taux de pauvreté élevé de près de 37 %, paie un lourd tribut à une crise qui a fait basculer de nombreux foyers dans la précarité.

Sarah Boumghar
Le Journal de Saint-Denis