Une conversation avec Toni Morrison.

Africultures publie la version inédite en français d’une interview que l’auteure a accordée en avril 2017, à Mario Kaiser et Sarah Ladipo Manyika.

Le prix Nobel de littérature parle de la condition blanche, du rôle de l’artiste, et de la tension entre la mémoire et l’oubli. Toni Morrison n’avait posé qu’une condition à cette interview chez elle, réalisée en avril 2017, dans le nord de l’Etat de New-York : elle ne voulait pas être photographiée. Mais elle autorisait toutes les questions et ne demandait pas à polir ses réponses après coup.

Ce n’était pas nécessaire : Morrison parla avec la même clarté et musicalité que celle qui se trouve dans ses écrits. Elle parla de racisme et des « blancs », de la tension entre la mémoire et l’oubli, et de l’art d’écrire à propos de sexe. Elle rit beaucoup, chanta des chansons de son enfance, et refusa de dire le nom de l’actuel président des Etats Unis.

Nous avions convenu que cette conversation dure une heure, mais elle dura presque deux. Au-dessus du lavabo, dans la salle de bain réservée aux visiteurs chez Morrison, au lieu d’un miroir, se trouve la lettre encadrée de l’Académie Suédoise lui annonçant que le prix Nobel de littérature lui a été décerné. Sur le mur opposé, encadré comme une autre récompense, figure une « notification de refus » émise par le ministère de la Justice pénale du Texas. Elle informe l’éditeur de Morrison que son roman Paradis a été interdit dans les prisons du Texas car il pourrait provoquer des émeutes.

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