Les services d’eau et d’assainissement sous la menace du changement climatique

Un article de Colette Génevaux, issu de la Lettre du pS-Eau.

Alors que les enjeux liés au climat sont de plus en plus discutés dans les rendez-vous internationaux, le secteur de l’eau doit se mobiliser afin de faire entendre le caractère essentiel de l’eau à l’adaptation et à la résilience des écosystèmes et des sociétés humaines.

L’eau potable et l’assainissement sont particulièrement concernés par les impacts du changement climatique et il est urgent d’engager des réflexions sur la résilience de ces services.

Cette année, la 23e Conférence des Parties (COP23) a été l’occasion de rappeler la nécessité d’agir rapidement pour l’adaptation et l’atténuation. Le pS-Eau était également présent à deux autres conférences sur le climat durant ce deuxième semestre 2017 : le sommet Climate Chance, du 11 au 13 septembre à Agadir, et l’atelier international Eau et Climat, du 20 au 22 septembre à Paris.

Conférence des Parties
La 23e Conférence des Parties (COP) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) organisée sous la présidence des Fidji, s’est tenue à Bonn en Allemagne du 6 au 17 novembre 2017. Pour la deuxième année consécutive, une journée était dédiée à la thématique de l’eau, le 10 novembre. Le pS-Eau était présent lors de cette COP du 8 au 14 novembre et a participé à plusieurs évènements en zone « Bonn » afin de partager les résultats de son travail sur les services d’eau et d’assainissement et le changement climatique.

L’urgence climatique
Le bilan de cette COP23 a été mitigé et en décalage avec les déclarations des scientifiques qui continuent d’alerter sur l’urgence d’agir. Il est ainsi estimé que, à l’heure actuelle, les engagements des États ne permettront pas de rester dans la limite des 2°C d’augmentation moyenne des températures du globe et conduisent à une trajectoire de +3°C. L’urgence d’agir est d’autant plus frappante alors que deux mauvaises nouvelles ont été annoncées :
• une augmentation de 2% des émissions de CO2 issues de combustibles fossiles et de l’industrie est prévue pour l’année 2017, après trois ans de stagnation ;
• la faim dans le monde progresse à nouveau en 2017 et ce en dépit d’une régression constante durant plus d’une décennie.

Mettre l’eau au cœur de la résilience
Grâce à la mobilisation des acteurs du secteur de l’eau, une journée thématique était dédiée à l’eau le 10 novembre, pour la deuxième année consécutive. Cette journée a permis de rappeler les nombreux impacts du changement climatique sur les ressources en eau : élévation du niveau des mers, fonte des glaciers, augmentation des tempêtes, sécheresses, inondations, etc. Ces impacts peuvent avoir des conséquences majeures pour les sociétés humaines et en particulier dans les villes, rendues vulnérables par la densité de leur population et dans de nombreux cas par la défaillance des services d’eau potable, d’assainissement ou de gestion des eaux pluviales. Face à l’augmentation des crises liées à l’eau, le besoin de mieux connaître la ressource a été évoqué dans plusieurs sessions. Les données hydrométriques et hydrogéologiques, ainsi que les informations sur les usages, les rejets, les prélèvements et sur la connaissance des écosystèmes, sont essentielles pour la prise de décision. Cependant, le financement des systèmes d’information nécessaires à leur production reste difficile et un travail de sensibilisation à l’importance de l’information et des investissements nécessaires à leurs productions reste nécessaire, en particulier en direction des décideurs politiques. Une autre problématique très présente dans les présentations des acteurs de l’eau concerne l’accès aux fonds climat. Les difficultés d’éligibilité des projets d’adaptation, dont le volet climat est souvent moins évident à prouver que pour les actions d’atténuation et, par conséquent, la nécessité d’un renforcement des capacités des acteurs pour la préparation de dossiers « bancables ».

Zoom sur les services d’eau et d’assainissement
Alors que les discussions autour du climat abordent principalement l’eau sous l’angle des ressources en eau et du grand cycle de l’eau, les effets du changement climatique sur les services d’eau et d’assainissement ont aussi des impacts sanitaires, sociaux et économiques majeurs. Combinés à la croissance démographique et l’urbanisation, les aléas climatiques tels que la variabilité des régimes pluviométriques saisonniers, l’augmentation des températures, les sécheresses et l’augmentation en fréquence et en intensité des évènements extrêmes, comme les inondations et les tempêtes, affectent la sécurité hydrique des populations et leur santé. Afin d’illustrer de façon concrète les liens entre services d’eau et d’assainissement et changement climatique, le pS-Eau a animé une session sur le pavillon fidjien le 9 novembre 2017, en présence de trois intervenants qui ont présenté des exemples concrets d’adaptation :
• En Éthiopie, l’accompagnement par l’OMS de l’élaboration et de la mise en œuvre d’une stratégie nationale d’adaptation au changement climatique pour la santé,
• En Martinique, l’adaptation d’une technologie d’assainissement basée sur des filtres plantés de végétaux en climat tropical,
• Au Sénégal, la mise en œuvre de diverses solutions pour garantir la sécurité hydrique et les perspectives de renforcement de ces interventions pour le Forum Mondial de l’Eau, qui sera accueilli par Dakar en 2021. Les intervenants ont souligné l’importance d’agir à tous les niveaux : au niveau national, la mise en œuvre de stratégies d’adaptation au changement climatique permet de fournir un cadre pour l’action des territoires ; à un niveau plus local, par l’installation de pilotes permet parfois de passer à l’échelle. Dans chaque cas, les partenariats se sont avérés essentiels, au niveau international et à travers la coopération intersectorielle.
Comptes-rendus de la COP23 (en français et en anglais).

À l’occasion de la COP23, le pS-Eau a publié un nouveau dépliant « Les services d’eau et d’assainissement face au changement climatique ». Ce document synthétise les différents impacts potentiels du changement climatique sur les services d’eau et d’assainissement et partage des pistes de réflexion pour l’adaptation.

Sommet Climate Chance
Le Sommet Climate Chance est une conférence des acteurs non-étatiques engagés dans la lutte contre le dérèglement climatique, organisée par l’association du même nom. Cette seconde édition de la conférence s’est tenue à Agadir, au Maroc, du 11 au 13 septembre 2017. Elle a permis de réunir les différentes coalitions thématiques formées à l’occasion du précédent sommet, dont celle sur l’eau et le climat, ainsi que la tenue de plus d’une centaine d’ateliers, forums et autres sessions. Le pS-Eau, déjà présent à l’édition de 2016, a participé à ce sommet et organisé un atelier sur les liens entre services d’eau et d’assainissement et changement climatique. Trois interventions ont eu lieu : une contractualisation innovante sur la réutilisation des eaux usées entre Veolia et la collectivité de Durban, sur la prise en compte du changement climatique dans les programmes d’Eau Vive Mali et sur la construction d’infrastructures d’eau et d’assainissement dans la province de Taroudant au Maroc dans le cadre d’une coopération entre Experts Solidaires, les communes de la province et l’Agence de Bassin Hydraulique Souss Massa.
http://climatechance-2017.com
www.pseau.org/fr/eau-et-changement-climatique

Atelier international Eau et Climat
L’atelier international Eau et Climat, organisé par l’Agence de l’Eau Seine Normandie et l’Agence Française du Développement en partenariat avec l’Agence Française pour la Biodiversité, l’IDDRI, le Partenariat Français pour l’Eau et l’IUCN, a eu lieu du 20 au 22 septembre à Paris. Le pS-Eau était présent et a animé l’atelier « Territoire urbain soumis à des risques d’inondations en Afrique », en collaboration avec le Gret et l’IRSTEA. Les réflexions des groupes de travail ont mis en avant l’occupation des sols en amont et la planification urbaine comme leviers d’action pour la protection contre les inondations. Les solutions basées sur la nature comme la végétalisation et désimperméabilisation des surfaces, au cœur des réflexions durant la rencontre, apparaissent comme des solutions « douces », plus simples à adapter et plus évolutives.
www.water-climate-workshop.com

Les comptes rendus de ces différentes manifestations sont accessibles sur le site internet du pS-Eau.

Colette Génevaux