Portraits d’acteurs FestiSol - 3

Portrait d’Assamahou Lamarre, responsable de l’association Nametou France à Saint-Denis.

« J’ai toujours eu envie d’être utile aux autres », explique Assamahou Lamarre dans un sourire pudique. Née au Cameroun dans le village de Njindare Foumban, c’est il y a 29 ans qu’elle arrive en France pour étudier la biochimie.

Alors qu’elle se forme, puis travaille dans l’hexagone, elle se rend compte que les choses s’aggravent dans son pays natal. « Au Cameroun, il y a un problème criant : le manque d’eau potable, dont ma mère est décédée. Beaucoup de gens ne se rendent pas compte qu’au XXIe siècle, il y a encore des endroits où les gens boivent de la boue ». Derrière cette phrase choc, une réalité dont il lui est impossible de détourner les yeux.

En 2010, elle décide d’agir et de compléter sa formation d’ingénieur en sciences et techniques du vivant option techniques pharmaceutiques par un DU Eau et Santé à l’Université Paris Descartes, afin d’acquérir une expertise dans ce domaine. Peu après, en 2013, elle crée, à Saint-Denis, Nametou France, une association de solidarité internationale qui vise à permettre l’accès à l’eau potable et se bat également pour l’assainissement, la santé, l’éducation et les conditions de vie des femmes : « Les conditions de vie des femmes là bas sont très difficiles car ce sont elles qui, très souvent, vont chercher de l’eau, notamment les petites filles, qui du coup ne peuvent pas aller à l’école. »

Permettre l’accès à l’eau potable a donc un double enjeu : social et sanitaire. Pour cela, le projet, qui s’inscrit dans une démarche de développement durable, prévoit la construction d’un château d’eau à pompes solaires, des canalisations et des fontaines dans le village de Njindare Foumban. « Je veux faire en sorte que ce soit un village témoin, afin qu’il puisse se dupliquer dans d’autres endroits », précise Assamahou Lamarre.

Après avoir organisé une étude de faisabilité en 2013, qui a confirmé la présence des sites de forages positifs, il faut maintenant réaliser l’étude préalable à ces forages, afin de pouvoir rédiger un dossier de projet le plus complet et précis possible et engager des demandes de financement. Un travail de longue haleine qui ne fait pas peur à Assamahou Lamarre. Mais ce n’est pas tout. « On aimerait également réhabiliter l’école primaire du village, qui n’a plus de toit à cause d’une tornade ».

Cet élan de solidarité, elle souhaite le partager. C’est pourquoi le fait de participer au Festisol est une étape importante pour l’association, et plus largement pour le collectif dont elle fait partie qui a été créé pour l’occasion.

L’idée ? Organiser des actions en partenariat avec toutes les structures du collectif afin de sensibiliser le plus grand nombre. Nametou devrait ainsi mettre en place une conférence-débat avec en invité Jean Duchemin, spécialiste du dépotage manuel. « Il s’agit d’une technique où l’on met en place un container [dans une fosse, ndlr] que l’on remplace une fois pleine, et dont le contenu est réutilisé comme engrais. »

Sensibiliser dans une ville comme Saint-Denis lui semble primordial : « On veut montrer que ce qui se passe très loin a un impact local. Il faut créer des ponts entre ici et là-bas. Ce qui pousse les populations à migrer, ce sont les difficultés, les gens ne quittent pas leur domicile de plein gré. C’est le manque d’eau, de soins... Pour fuir toutes ces souffrances, ils mettent leur vie en danger. Un village témoin, sur les questions d’eau et d’assainissement permettrait aux habitants de se rendre compte qu’il est possible de créer un endroit où se sentir bien, où l’on aurait envie de rester ».

Constance Bloch - Journaliste