Portraits d’acteurs FestiSol - 2

Portrait de Penda Diop, Présidente de l’association « Conscience et Action pour le Développement », à Bagnolet.

Elle rit doucement quand on prononce mal « Kayes », le nom de la région au Mali sur laquelle porte le projet actuel de son association. « Ça se prononce « Kaï », et c’est limitrophe avec le Sénégal. » Penda Diop a l’Afrique chevillée au cœur. Et pas seulement parce qu’elle est d’origine sénégalaise.

En 2003, cette Bagnoletaise embarque, entre autres dans son projet d’association de solidarité, des camarades de promotion de l’IUT Ville et Santé de Bobigny (Paris-XIII) et de l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales). « J’ai toujours voulu travailler dans l’humanitaire, mais je ne savais pas encore la forme que ça prendrait », explique-t-elle d’une voix douce qui contraste avec sa détermination. Au final, ce sera donc CAD, avec pour public privilégié les femmes et les enfants de certains pays d’Afrique.

« Nos actions se concentrent en priorité sur ces publics-là car dans certaines régions, les femmes n’ont pas d’activités rémunérées et sont donc souvent soumises au bon vouloir des hommes  », souligne cette femme de 44 ans. En 2007, son association avait déjà réalisé une action pour la scolarisation d’enfants handicapés à Dakar.

Cette fois-ci, son projet porte donc sur la mise en place d’une coopérative de femmes dans la région de Kayes pour les aider à mieux stocker leurs produits issus de l’agriculture traditionnelle- karité, mil, hibiscus, mais aussi moringa, un arbuste dont les graines et les feuilles, particulièrement riches en protéines, remportent un franc succès ces derniers temps dans les magasins bio occidentaux.

Le but ultime ? Permettre à ces femmes – une soixantaine, ainsi que 60 enfants - de souscrire à une assurance maladie et d’avoir ainsi un meilleur accès aux soins. « Au Mali, l’adhésion à l’assurance maladie volontaire (AMV) est d’environ 15 euros par an. Un des enjeux, c’est de faire adhérer ces femmes qui souvent ne connaissent même pas l’existence de cette couverture maladie. Dans un premier temps, nous allons leur payer la mutuelle, mais l’enjeu est de pérenniser ce dispositif en les rendant autonomes financièrement. », précise Penda Diop.

Au sein du GRDR (Groupe de Recherches pour le Développement Rural), puis de l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement), cette socio-anthropologue avait déjà réalisé plusieurs études sur les centres de santé communautaires lors de leur avènement au Mali dans les années 90. Plus récemment c’est avec l’INSERM qu’elle a réalisé sa dernière étude sur « Faisabilité de la contribution de la diaspora malienne au développement de la micro-assurance santé ».

Former ces femmes maliennes au conditionnement de leurs denrées et ensuite acheminer une partie de leur production en France pour la vendre sur les marchés- telle est donc l’équation que doit résoudre CAD. L’expérience va d’abord être lancée sur deux villages, Moussa Konela et Dalilaba, avant d’être proposée à d’autres villages de la région, avec le savoir-faire humain et les connaissances de terrain de l’ONG Caritas, partenaire de CAD dans cette opération.

Par ailleurs, le projet de « CAD » au Mali se double d’un volet français qui consiste à sensibiliser le public séquanodionysien à la cause de ces femmes et à leurs besoins. Pour cela, Penda Diop compte faire venir prochainement à Bagnolet des représentantes de ces femmes maliennes et de l’ONG Caritas.

Un débat devrait donc avoir lieu dans le cadre du Festival des Solidarités dans un centre de quartier de Bagnolet, pour que jeunes et moins jeunes puissent rencontrer ces femmes de Kayes et les partenaires impliqués dans le projet. « Il faut que les gens prennent conscience qu’il y a encore beaucoup de travail à faire sur le terrain, mais que c’est possible, insiste Penda Diop. Je suis sûre que beaucoup de gens sont intéressés par les produits cultivés par ces femmes. Et s’ils savent qu’ils peuvent en plus se montrer solidaires en les achetant, c’est une manière de joindre l’utile à l’agréable. »

Christophe Lehousse - Journaliste