Bilan du rendez-vous de Via le monde du 16 octobre 2014

« L’intérêt local de l’éducation à la citoyenneté internationale : réfléchir et s’engager ici pour mieux comprendre et agir là-bas »

Dans la continuité du travail d’animation du réseau des acteurs de la coopération et de la solidarité internationale en Seine-Saint-Denis, l’objectif de la rencontre était de débattre de l’opportunité de conduire des actions de sensibilisation à la citoyenneté mondiale en Seine-Saint-Denis.

Le public présent était composé de 17 membres d’associations de Solidarité internationale du département ; 9 professionnels de sept villes de Seine-Saint-Denis, 6 organisations nationales : Etudiants et développement, Educasol, la Guilde, France Volontaires, CCFD Terre Solidaire et Starting block, d’enseignants et de particuliers intéressés par le thème du débat. Au total, 42 participants ont répondu à notre invitation.

Une rencontre réussie

Les acteurs locaux ont pu valoriser leurs projets en tirant profit de l’expérience de deux associations spécialisées en éducation à la citoyenneté mondiale, exemplaires dans leurs pratiques et implantées en Seine-Seine-Denis, d’un spécialiste des relations interculturelles et de l’expérience portée conjointement par un centre social et un service des relations internationales dans la conduite d’un projet interculturel d’envergure.

Les intervenants et le public ont su se saisir de cet espace de dialogue pour débattre autour de trois questions : quels sont les objectifs et les effets attendus de l’éducation à la citoyenneté mondiale ? Quel est l’intérêt de conduire localement ces actions ? Et, comment les porter au mieux - quelles pratiques, quelles méthodes ?

Michel Sauquet, Président d’Educasol, plate-forme française d’éducation au développement et à la solidarité internationale a insisté sur la nécessité de se préparer en amont à la rencontre interculturelle, ce qu’il appelle la démarche d’intelligence de l’autre : il s’agit de rester dans une posture de curiosité et de recul par rapport à nos savoirs et au contexte dans lequel on est immergé. Il a mis en garde l’auditoire sur le fait que tout n’est pas « culturel » et que certains comportements ou usages que nous jugeons différents ont parfois comme explication la précarité dans laquelle se trouvent nos interlocuteurs. Dans la relation à l’autre, l’alibi culturel pour expliquer l’incompréhension mutuelle interviendrait en quatrième position, après le degré de précarité économique, la langue, et les traumatismes liés aux conditions de vie de ceux à qui l’on s’adresse. Enfin, la culture étant en perpétuel changement, il est prudent également de se méfier de références datées sur une culture ou une zone géographique donnée.

Une permanente de l’association la FNAFA, engagée dans des séjours de jeunes à l’international, a rappelé l’importance de faire un « feed back » en parallèle avec le groupe de jeunes là-bas, à la fin du projet, pour mieux préparer les groupes ici ensuite.

Pour Bénédicte Récappé, chargée de projets de coopération de la Ville de Montreuil, le projet « Tabadoul » d’échanges entre les jeunes de Beit Sira en Palestine et des jeunes montreuillois du quartier Bel Air a été utilisé comme une belle opportunité de se doter de clés de compréhension de ce qui se joue dans cette région du monde, de découvrir une culture et d’établir des relations privilégiées avec des jeunes vivant dans un contexte différent du leur, et ainsi de rapprocher deux populations. A la question « autour de quoi la rencontre va-t-elle se faire ? » il a été choisi l’outil audiovisuel, qui a rendu possible cette rencontre, au travers de la réalisation d’autoportraits. La symétrie des échanges est un aspect très important du projet.

A la question de savoir comment associer les habitants du quartier, Pascal Ghariani, directeur du centre social Grand Air a estimé que l’enjeu était de créer des ambassadeurs et de donner les moyens aux personnes investies dans ce projet de créer leurs propres outils d’émancipation. L’idée étant de travailler sur les représentations, celles que l’on peut avoir de l’autre mais aussi sur soi-même. L’interculturel est un outil, et il s’est déployé sur tout le territoire, en lien avec les associations du quartier.

Le Président de la FAFRAD, a donné l’exemple d’une ONG qui a travaillé au Mali pendant trois ans sur un projet de maraichage, avec l’envoi régulier de groupes de jeunes franciliens. Mais l’objectif des partenaires maliens n’était pas la réalisation de ce projet autour de l’agriculture mais bien l’accomplissement de la dimension culturelle de la rencontre. Ainsi, les objectifs ont-ils évolués et le projet a été modifié. Il a déploré enfin que la richesse culturelle du département ne soit pas suffisamment exploitée.

Jean-Marc Delaunay, chargé de mission « réseaux » de l’association Starting Block a souligné que certains pouvaient être déçus par leur expérience à l’international et qu’on apprenait parfois plus sur la citoyenneté en s’investissant ici. De jeunes bénévoles s’engagent pour mener des actions éducatives localement. Pour exemple, il cite la campagne AlimenTERRE, du CFSI qui promeut la souveraineté alimentaire, avec l’organisation sur le territoire national de projections-débats sur ce thème. L’important est la transmission d’un engagement et de la volonté de construire des projets collectivement.

Au sujet de la question des objectifs et des effets des actions d’éducation à la citoyenneté mondiale, Florence Cherrier fondatrice de l’association UnderConstruction, qui travaille à la transmission de connaissances par le jeu et à la construction d’un positionnement, rappelle qu’il est important de se doter d’outils de suivi et d’évaluation. Elle indique aussi que le dialogue et la co-construction des projets avec ses partenaires sont fondamentaux pour la réussite des actions menées.

Un membre du réseau Etudiants et Développement est intervenu pour présenter un dispositif mis en place depuis cinq années par cette structure, le PIEED, pour soutenir les associations étudiantes qui œuvrent pour la solidarité internationale, en menant des actions d’éducation au développement. Plus qu’un soutien financier, c’est un appui au montage et à la structuration du projet qui leur est proposé.

A propos de la démarche à adopter, le travail en complémentarité, en s’appuyant sur les ressources existantes et le tissu associatif a été mis en avant par tous les intervenants. Pascal Ghariani a mentionné qu’il était important de matérialiser la fin du projet par un objet concret : un livre, une exposition, un film, etc.

Des ressources à disposition

Une table de presse avec des ressources documentaires étaient proposée aux participants.

En documents joints vous trouverez une fiche de documents empruntables au centre ressource Via le monde qui a été réalisée à cette occasion, avec la grille d’observation et d’analyse des contextes, des représentations et des pratiques socioculturelles, le « Culturoscope », conçue par Michel Sauquet.


Perspectives

Le prochain Carnet de l’ECM, publication récurrente de Via le monde, sera propice à la poursuite de la réflexion sur ce thème, un numéro spécial sur l’impact des actions d’éducation à la citoyenneté mondiale sera édité dans les semaines à venir.

A la veille de la Semaine de la Solidarité Internationale, on a pu constater un intérêt et de vraies attentes sur le sens des actions de sensibilisation à la citoyenneté mondiale de la part des participants. Cet engouement est le résultat d’un travail de terrain minutieux de mise à disposition de ressources (ressources documentaires, contacts ciblés, formation et matériel de communication) et augure de la réussite de l’édition 2014. N’hésitez pas à contacter notre référente SSI, Fatoumata Cissokho, pour plus d’informations sur la campagne 2014, (01 41 60 89 17)

Plus d’informations sur la Semaine de la Solidarité Internationale 2014

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