Correspondance avec des jeunes du Ghana.

Cécile Feilles est enseignante d’anglais au collège Polizter de La Courneuve et Audrey Dessertine est ethnologue-animatrice de l’association Ethnoart.

Elles nous offrent leurs regards croisés sur la séance qui a eu lieu dans le cadre d’un projet sur une correspondance avec des jeunes du Ghana.

Pouvez-vous nous parler de votre projet ?
Cécile : C’est en revenant d’un séjour au Ghana, dans le cadre d’une intervention de l’ONG VOICES, que j’ai eu l’envie de créer une correspondance en anglais, la matière que j’enseigne, entre mes collégiens et des élèves d’Accra, Ghana. Grâce aux nouveaux moyens de communication tels que facebook et skype, les élèves échangent des informations sur leur vie quotidienne, leur vie d’écoliers.

En quoi a consisté la séance animée par Ethnoart ?
Audrey : Cette séance a consisté à présenter aux élèves l’ethnologie et la méthodologie propre à cette science.
Dans un premier temps, des définitions de notions clés ont été réalisées collectivement : Qu’est-ce-que l’ethnologie ? Comment peut-on définir la culture ? Qu’est ce qu’un stéréotype ? Qu’est ce que l’ethnocentrisme ? Ensuite, nous nous sommes focalisés sur la méthodologie propre à l’ethnologie : l’observation participante, le recueil de témoignages, la posture du chercheur ... Il s’agissait pour les élèves de faire retour sur les correspondances déjà réalisées avec les jeunes ghanéens, de leur permettre de nommer les interrogations et les représentations nées de ces premiers échanges.
Dans un second temps, nous avons regardé des extraits de deux documentaires : "Une journée avec", proposant dix portraits d’enfants d’Afrique de l’ouest que l’on suit du réveil au coucher du soleil et "Ici et Là-bas", correspondances filmées d’Elise Picon. A travers l’analyse collective de ces images, l’objectif était de faire l’expérience de l’observation et de la comparaison entre des quotidiens très différents, en se focalisant notamment sur les temps du chemin pour se rendre à l’école, les temps scolaires, les temps de repas et les temps de travail scolaire et domestique à la maison. Ces observations permettent de prendre la mesure des réalités multiples que vivent les enfants au quotidien dans différentes sociétés, mais au-delà des différences c’est aussi appréhender ce qui est partagé par le plus grand nombre : vouloir réussir l’école pour devenir un adulte libre et parvenir à trouver un métier intéressant ...

Quel est pour vous l’intérêt d’une sensibilisation comme celle-ci ?
Cécile : Le but de cet échange est de permettre aux enfants de s’ouvrir sur un autre monde que le leur et dont ils ne perçoivent souvent que des images figées et peu fidèles à la réalité. Cette séance leur a fait prendre conscience des préjugés qu’ils ont pu intégrer au cours de leur vie et de les préparer à rentrer en contact avec des modes de vie, de pensée et de fonctionner différents des leurs, tout en évitant la facilité des jugements.
Audrey : L’atelier a permis aux élèves d’expérimenter le décentrement. L’ethnologie, science sociale comparative, étudie l’universalité de l’homme à travers la diversité des cultures. Il s’agit d’abord de prendre conscience de la multiplicité des systèmes de pensée, des organisations sociales, des modes de vie à travers le monde pour ensuite revenir sur nos propres pratiques et valeurs afin de les analyser avec un regard plus distancé. Se départir de jugements de valeurs, prendre du recul par rapport aux idées reçues et lutter contre une vision stéréotypée de l’Afrique est l’intérêt premier d’une sensibilisation basée sur la démarche anthropologique.


Qu’a apporté l’approche ethnologique dans ce projet de correspondance ?

Audrey : l’ethnologie est une science de la relation et de la rencontre. Un projet de correspondance se nourrit également par l’envie de connaitre, de découvrir et d’échanger. Utiliser des témoignages filmés d’enfants et d’adolescents qui racontent leur quotidien dans plusieurs sociétés du continent africain a permis de mettre en lumière la multiplicité des conditions de vie sur un continent trop souvent "uniformisé" et de fait, de déconstruire certains stéréotypes. Ces images ont également nourri la curiosité des élèves et fait naître de nouveaux questionnements à soumettre aux correspondants ghanéens ...
Cécile : L’approche ethnologique a aidé dans la définition de certains concepts qu’il m’était difficile d’aborder en tant qu’enseignante d’anglais. Les supports vidéo ont permis la visualisation d’une autre réalité et ont posé une base solide pour les débats futurs. Ils ont autant enrichi mes perspectives que celles de mes élèves.