Rendez-vous saignant au Ciné 104 de Pantin

A l’occasion du festival AlimenTERRE, Via le monde a proposé une projection-débat à l’appui du film "LoveMEATender" au sujet de la production mondiale de viande et des dérives de l’élevage industriel.

Le film choisi était « LoveMEATender », réalisé par Manu Coeman et coécrit par Yvan Beck, militant écologiste de la première heure et président de l’association « Planète Vie ».

Ce jeudi 28 novembre, une salle comble, un public curieux et des échanges passionnés.
Les acteurs du Réseau de la Solidarité internationale de Seine-Saint-Denis ont ainsi débattu de la production et de la consommation de viande, et plus globalement du système agricole mondial. Le public a rencontré trois personnes engagées dans des combats singuliers : un éleveur de bovins limousins biologiques d’Eure-et-Loir, Jean-Edouard Jeauneau, partenaire d’AMAP franciliennes, la responsable de l’association CIWF France, Aurélia Greff, qui lutte contre l’élevage industriel et Juliette Yemey, responsable d’une association togolaise qui promeut l’élevage de lapins et d’agoutis en agriculture raisonnée et de proximité.

« En AMAP, vous choisissez votre rapport à la santé et la façon dont sont traités les animaux. »
Jean-Edouard Jeauneau se définit comme « paysan » et un éleveur de vaches « heureuses », expression pour qualifier la viande « bio », utilisée par Jane Goodall, fameuse éthologue et anthropologue britannique interviewée dans le film au sujet du tournant que constituent les années 70, dans le choix des méthodes d’élevage et de production de la viande.

Ingénieur de formation, il lui est apparu comme une évidence qu’il fallait prendre le contre-pied des enseignements qu’il avait reçus. Mais bien sûr l’élevage de bovins biologiques prend plus de temps – 4 ans contre quelques mois - et comporte plus de contraintes que l’élevage conventionnel. Les débouchés sont aussi plus difficiles à trouver. D’autant que, selon lui, le bio en supermarché « pressurise » encore plus l’éleveur, car cette viande est achetée encore moins cher aux producteurs.

« Le paradoxe c’est que vous cherchez et que nous, on ne trouve pas de consommateurs ! Le lien direct a sauvé ma production ! »
Désireux de retrouver un lien direct avec le consommateur, et fort du constat que de nombreuses personnes souhaitent obtenir de la viande bio sans en trouver, il s’est mis en lien avec des AMAP et des coopératives de distribution, locales ou franciliennes.

Aurélia Greff a retracé les évolutions des méthodes de production de la viande de l’après-guerre à nos jours. Dans les années 60, les bovins sont déjà devenus des machines à produire des protéines, en entrainant irrémédiablement la dégradation de l’environnement et en induisant des effets nocifs pour notre santé. Toutefois, les coûts perçus ne sont pas les coûts réels…

« En analysant un plat préparé, on peut identifier entre 20 à 30 animaux différents… »
De plusieurs points de vue, et notamment au regard des changements des habitudes alimentaires de la planète et du nombre croissant d’humains sur Terre, il n’est déjà plus possible de continuer à produire autant de viande sans l’industrie agro-alimentaire, avec tous les effets pervers qu’elle provoque, notamment en terme de santé publique. La solution la plus raisonnable serait d’aller, autant que possible, vers une diminution de la consommation de viande.

Et la santé animale, dans tout ça ?
La santé animale a été au cœur des débats de la soirée, deux exemples : des poules et des cochons…

Pour 95% de cochons élevés sur caillebotis - donc au dessus de leurs propres excréments, créant une odeur pestilentielle qui les tuerait en quelques heures sans système d’aération continue - seul 1% est élevé en plein air ! Les poules pondeuses de l’élevage conventionnel sont élevées dans des cages ridiculement petites et ne voient jamais le jour. Les volailles sont sélectionnées selon leur sexe, les poussins mâles sont gazés ou broyés. Aurélia Greff nous a alerté sur les labels qui n’ont pas les mêmes exigences selon l’animal ou sa destination. Par exemple, produire des œufs ayant le label AB oblige à respecter des normes strictes, le critère « bien-être animal » et le « Label rouge » pour les poulets de chair exige un élevage avec un accès à l’extérieur. En revanche, « les animaux utilisés pour la production de jambon « Label rouge » ont été castrés, leurs dents meulées et sont élevés sur caillebotis ».

Les ONG, comme CIWF, travaillent auprès des institutions, des industriels et de la grande distribution pour améliorer les conditions d’élevage ou d’abattage des animaux, en plaidant pour l’étiquetage de la viande, car cela a fonctionné avec les œufs auprès des consommateurs, ou en militant pour l’étourdissement systématique des animaux avant l’abattage, quelque soit la technique employée.

Des institutions et des hommes
A la question de savoir pourquoi la viande biologique vendue en circuits courts était plus chère alors que le nombre d’intermédiaires à rémunérer est sensément restreint, Aurélia Greff a rappelé que les agriculteurs conventionnels sont subventionnés, notamment à l’export et que cette viande n’est donc pas vendue à son juste prix. La réforme de la PAC a ainsi été qualifiée de « verdissement light » car les aides sont très largement versées aux exploitants en agriculture intensive, plutôt qu’aux exploitants proposant des produits issus de l’agriculture biologique. Pour illustrer ces propos, Jean-Edouard a rappelé que le prix du « pot-au-feu », minerai de viande utilisé dans l’agroalimentaire et dans les fast-foods, est inférieur à celui que lui coûte le prix de l’abattage et de la découpe de sa viande.

En guise de conclusion…
Le public n’a pas hésité à mettre en discussion les moyens de mettre en œuvre ces modes de production et de consommation alternatifs, ou même, leur probité ou leur bienfondé. Par exemple, les prix du bio en supermarchés ont été qualifiés d’ « extravagants », et parfois « obscures » les conditions de production des aliments en AMAP. Peut-être que ceux qui étaient auparavant sensibles et curieux de s’investir dans de nouvelles pratiques, appréhendent aujourd’hui avec plus d’expérience ces nouveaux modèles de consommation et ainsi les mettent à l’épreuve. Pour certains, s’engager dans une AMAP est « compliqué » et il faudrait inventer d’autres modalités.

Les intervenants ont tous insisté sur la possibilité de lutter contre les dérives de l’industrie agro-alimentaire, l’une en mettant en exergue le pouvoir de nos choix de consommation pour peser sur les méthodes d’élevage ; un autre en faisant la promotion des circuits courts et des modes de commercialisation alternatifs où la relation au producteur est directe et fondée sur la confiance, et enfin la dernière, en insistant sur l’importance d’adopter d’autres usages alimentaires, et notamment par une consommation raisonnable de viande produite localement.

D’autres films au Ciné 104…
Sachez que ce Rendez-vous « hors les murs » a été l’occasion de nouer un partenariat entre Via le monde et le cinéma d’arts et essais de Pantin, le Ciné 104.
Dorénavant, chaque mardi en fin de journée, le Ciné 104 proposera aux détenteurs de la carte du centre ressource, des séances « Via le monde » sur les réalités et les cultures du monde, à l’instar du partenariat déjà engagé avec le Magic Cinéma de Bobigny, les vendredis midi.

Des ressources à consulter
Un dossier documentaire a été réalisé spécialement pour cette occasion, n’hésitez pas à le demander au centre ressource, par simple mail ou appel téléphonique (01 41 60 89 17).
Plus d’informations sur la campagne AlimenTERRE.

En document joint, le livret pédagogique du film, conçu par le CFSI

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